
Source : https://www.recyc-quebec.gouv.qc.ca/citoyens/mieux-consommer
On entend souvent parler que les Québécois sont les champions du recyclage, des 3 RV (Réduction, Réemploi, Recyclage, Valorisation), mais aujourd’hui j’aimerais souligner l’importance de la hiérarchie des 4RV (on ajoute un R pour Repenser le besoin!) et vous convaincre que les économies résident dans les trois premiers R avant le recyclage. Donc, travailler en amont du recyclage, c’est transformer des coûts en économies!
Poser des questions
Un dirigeant d’une PME de services me dit que l’enjeu « Gestion des matières premières et résiduelles » n’est pas pertinent pour lui, car il a déjà des bacs de recyclage dans chaque bureau. Cependant, après quelques minutes de discussions, nous réalisons que tous les employés reçoivent un nouveau portable chaque 2 ans.
Moi : Pourquoi tous les employés doivent changer leur portable aux 2 ans? Cela répond à un besoin?
Dirigeant : Silence… c’est une entente avec le fournisseur… mais nous les envoyons au recyclage.
Moi : Est-ce que vous croyez que nous pourrions à la fois économiser et réduire l’impact négatif sur l’environnement si les portables étaient changés selon les besoins de vos employés au lieu d’à temps fixe?
Je vous laisse imaginer la suite. Ce cheminement peut être réalisé pour toute matière première. C’est bien de gérer de façon responsable les matières résiduelles, mais nous sommes en traitement. Ce qui est le plus payant, c’est de travailler en prévention donc sur les matières entrantes (premières).
Est-ce que des situations similaires arrivent dans votre entreprise? Quelles pourraient être les économies si vous remettiez en question ce qui entre dans l’entreprise en se basant sur VOS besoins?
La hiérarchie des 4RV
Mais que veut-on dire par la hiérarchie des 4RV? C’est ce que le tableau ci-dessous illustre en présentant, dans l’ordre, les actions qui sont à la fois profitables pour l’entreprise et la planète.


Adaptation de : Principes et mesures d’approvisionnement responsable : contribuer au développement durable par ses décisions d’achat (STM) https://www.stm.info/sites/default/files/pdf/fr/appro_resp.pdf
Toutes ces options sont meilleures que l’enfouissement, mais elles sont placées en ordre d’importance et de rentabilité. En effet, le produit qui n’a pas été acheté, car nous avons repensé le besoin, réduit à la source ou réutilisé (économies), n’aura pas à être recyclé (évitement de coûts donc économies).
Je suis une entreprise responsable
Sur le site du ministère du Développement durable, l’Environnement et la lutte contre les Changements climatiques (MDDELCC), on apprend que :
Les Québécoises et les Québécois produisent en moyenne 25 tonnes de matières résiduelles non dangereuses chaque minute. En dépit des efforts de sensibilisation et des moyens offerts à la population, aux municipalités, aux institutions, aux commerces et aux industries pour réduire leur production de biens et valoriser leurs résidus, une quantité encore trop importante de produits de consommation finissent leur vie dans les lieux d’élimination… En effet, les quelques 13 millions de tonnes de matières résiduelles produites chaque année au Québec recèlent un potentiel indéniable à exploiter tant pour la fabrication de biens que pour la production d’énergie.
Référence : http://www.mddelcc.gouv.qc.ca/matieres/inter.htm
Je suis tout à fait d’accord avec l’idée d’éviter l’enfouissement, mais j’aimerais que l’accent soit mis davantage sur l’importance d’agir en amont. Pourquoi ne pas rebaptiser Recyc-Québec pour 4RV-Québec afin d’être plus cohérent? Sérieusement, que vous soyez une entreprise de production ou de services, il est possible de se mettre en mode prévention en regardant tous les produits entrants pour pouvoir offrir nos produits/services, organiser des événements ou pour les employés: produits électroniques, fournitures de bureau, mobiliers, cafétéria, bouteilles eau, matières premières, etc.
Une façon simple d’intéresser vos collègues est de sortir pour un an les quantités et les coûts reliés à la gestion de matières résiduelles (habituellement nous sommes facturés pour les conteneurs de recyclage et de poubelle (quantité et prix)). Comme dans bien des sphères de notre vie : la première étape pour changer est de prendre conscience de la situation.
Faire des choix éclairés sans se les faire imposer
Comme consommateur et comme entreprise, nous ne sommes pas obligés de nous laisser imposer notre rythme de consommation. C’est à nous d’identifier nos besoins et de faire nos choix en lien avec nos valeurs, nos ressources et nos contraintes. Quel est le lien avec les 4RV me direz-vous? Sortir de la culture du jetable et de l’obsolescence programmée. La définition du développement durable (répondre aux besoins des générations actuelles sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs) met l’accent sur les « besoins ». Mais qu’est-ce qu’un BESOIN? Est-ce qu’avoir la dernière version du Iphone est un besoin ou une envie?
Le problème c’est quand le « besoin » nous est imposé par l’obsolescence programmée. Des exemples? Selon l’article Obsolescence programmé publié par Gaia Presse :
Selon les mêmes sources :
Source : http://www.gaiapresse.ca/2018/01/obsolescence-programmee-grand-gachis/
Selon vous, combien pourriez-vous économiser dans votre entreprise en appliquant la hiérarchie des 4 RV? Je vous mets au défi de faire l’exercice…
Marie-Josée Roy
Expert en développement durable et gestion stratégique
Totem Performance organisationnelle
Les normes ISO ont le dos large malgré leurs nombreuses révisions et améliorations au fil des ans. « On fait ça pour ISO », « système lourd complexe », « paperasse inutile » devraient être des phrases qui sonnent l’alarme que votre système de gestion est mal compris ou mal adapté à votre entreprise. Les systèmes de gestion en général, les normes ISO en particulier, créent souvent une grande insatisfaction alors que la lourdeur vient de la façon d’implanter les exigences sans se poser de questions sur le but visé. Et si l’on arrêtait de le faire pour ISO et qu’on cherchait la valeur ajoutée de chacune de nos actions? Et si on le faisait pour mettre le client au cœur de nos opérations, pour améliorer notre rentabilité et rendre le travail de nos employés plus mobilisant, simple et pertinent?
Qu’est-ce qu’un système de gestion?
Selon ISO 9000 : un système de management est un ensemble d’éléments corrélés ou en interaction d’un organisme utilisé pour établir des politiques, des objectifs et des processus de façon à atteindre lesdits objectifs.
La figure ci-dessous en illustre un exemple. Le défi est justement de synthétiser le fonctionnement de NOTRE entreprise.

Référence : http://qualite.master.utc.fr/site_public/travaux/2011/qpo/QPO12/04_graine_qualite/index.html
Quels sont les principaux avantages?
Une entreprise qui implante un système de gestion de qualité par exemple pourrait récolter les bénéfices suivants :
La force d’un système de gestion
Que le système de gestion soit certifié ou non, la force de celui-ci ne provient pas du certificat, mais bien de la démarche d’implantation. Aller chercher la certification est une décision d’affaires qui peut provenir d’une exigence client, du suivi de la concurrence, de la planification stratégique ou pour la reconnaissance des efforts investis. Les normes représentent les meilleures façons de faire, une façon de ne pas réinventer la roue chaque fois et d’assurer un minimum commun, un peu comme un diplôme. Même si des raisons extérieures peuvent avoir poussé cette prise de décision, la démarche quant à elle doit être faite en cohérence avec les réels besoins de l’entreprise.
Elles peuvent aussi être utiles pour améliorer la performance de l’entreprise selon l’approche utilisée. La norme donne des exigences qu’il faut interpréter et adapter à la réalité de notre entreprise. C’est un défi de taille. Par exemple, l’article 9.3.1de la Revue de direction (ISO 9001 : 2015) :
À des intervalles planifiés, la direction doit procéder à la revue du système de management de la qualité mis en place par l’organisme, afin de s’assurer qu’il est toujours approprié, adapté, efficace et en accord avec l’orientation stratégique de l’organisme.
En tant que responsable du système qualité (SMQ) de quelle façon interprétez-vous cette exigence? Quelle serait la meilleure façon de présenter l’avantage à vos collègues? Si j’étais à votre place, je présenterais à la direction l’importance de revoir les résultats du système, car après tout, beaucoup de temps et de ressources y sont investis. Est-ce que votre direction a déjà des rencontres planifiées aux trois mois? Pourquoi ne pas intégrer la revue de direction à chaque rencontre avec pour objectif d’avoir revu l’ensemble sur une période d’un an?
L’approche processus : le cœur du système
L’approche par processus est un des fondements des dernières versions des normes ISO. C’est une des améliorations apportées qui permet d’aller chercher le plus de valeur ajoutée, car elle nous permet de mieux voir, comprendre et remettre en question. Quels sont vos principaux processus? Est-ce qu’ils livrent les résultats attendus? Le cœur de votre système est de représenter votre entreprise comme un ensemble de processus interreliés, tous alignés sur la mission et centrés sur les clients. Par exemple, en choisissant le processus « Achats », nous allons identifier le responsable, les intrants, les activités, les résultats attendus et indicateurs, les liens avec les autres processus.

Référence : ISO 9001 : 2015
Cet exercice permet déjà de récolter les premiers bénéfices, c’est-à-dire d’identifier les activités et d’enlever les activités qui ne répondent pas à un besoin. Exemples : un rapport fait chaque mois depuis 2 ans, mais dont personne ne se sert, des instructions de travail désuètes, des actions qui n’ont pas de valeur ajoutée pour le client. Rappelons que la valeur ajoutée pour le client, c’est lorsque ce dernier est prêt à payer pour cet ajout.
Les grandes étapes
Dans un premier temps, évaluer où en est l’entreprise par rapport aux exigences de la norme. Cette étape cruciale permet à la fois d’identifier les écarts et de bâtir sur les forces déjà en place. Toute entreprise possède déjà une structure qui peut servir de base pour bâtir la suite. Cette façon de faire permettra aussi d’encourager et d’impliquer le personnel en place.
L’analyse d’écarts est ensuite utilisée pour planifier les actions à mettre en place. Il est important de ne pas sous-estimer la résistance aux changements. Vos collaborateurs n’ont pas besoin de connaître les articles ISO, mais il peut être utile de leur donner des exemples en lien avec leur travail : avantages pour le client, réduction des risques, amélioration des compétences, réduction des plaintes, etc. Soyez créatif et trouvez une façon nouvelle de réaliser vos audits internes. Si chaque année, vous posez chaque fois les mêmes questions aux mêmes personnes, vous passez à côté de belles occasions de garder l’intérêt et de vous améliorer.
Toute implantation ou tout maintien d’un système demande une bonne dose d’énergie afin de gérer le changement et de créativité pour garder la motivation tout en suivant le fil conducteur. Cet aspect sera le sujet d’un futur article.
D’autres façons de jazzer votre système de gestion? Chaque année, on essaie de simplifier et de remettre en questions, on trouve de nouvelles façons de garder les employés informés, on intègre les systèmes au lieu de travailler en silos (exemple : qualité, environnement et santé-sécurité au travail), on forme de nouveaux auditeurs internes par jumelage, etc. Amusez-vous à améliorer la performance de votre entreprise, vous serez surpris des résultats!

Référence : fotomelia.com
Quelques faits intéressants :

Par Marie-Josée Roy, ing., M.Env.
Experte gestion stratégique, performance et durabilité
Totem performance organisationnelle
Le 1er janvier 2016, les 17 Objectifs de développement durable, adoptés par les dirigeants des 193 pays membres des Nations Unies en septembre 2015, sont entrés en vigueur. Il existe déjà de nombreuses initiatives de développement durable, mais pour la première fois, il y a une direction claire pour l’ensemble des pays qui inclut aussi les entreprises. Votre entreprise doit prendre sa place dans cet engagement, ce plan d’action pour la paix, l’humanité, la planète et la prospérité.

Source : http://www.un.org/sustainabledevelopment/fr/objectifs-de-developpement-durable/
Impact sur les entreprises
Même en étant en total accord avec par exemple, l’éradication de la pauvreté, il peut être difficile de faire le lien avec nos objectifs d’entreprise. Avoir une consommation ainsi qu’une production durable et de lutter contre les changements climatiques est un défi de tous les jours. Comment alors les intégrer dans notre démarche de développement durable? Une façon de faire possible serait la suivante :
Inspiré du Guide pour les entreprises SDG Compass http://sdgcompass.org/wp-content/uploads/2016/09/SDG_Compass_Guide_France.pdf
Plusieurs outils sont disponibles pour les entreprises qui ne savent pas par où commencer. Au besoin, un accompagnement par un expert peut vous aider à voir clair à travers les 17 objectifs, les 169 cibles qui en découlent ainsi que les 230 indicateurs provisoires identifiés pour transformer notre monde! La clé est de concentrer vos actions là où cela compte le plus pour votre entreprise, d’inclure des actions cohérentes avec vos propres objectifs organisationnels, en accord avec votre vision d’entreprise. Les actions DD se retrouvent donc intégrées à votre plan créant ainsi de la richesse pour votre organisation. Une réflexion et un bilan vous permettront de faire ressortir ce qui est pertinent et prioritaire pour vos opérations. Par la suite, il reste à identifier l’écart entre où nous voulons aller et où nous sommes pour ainsi transformer cet écart en plan d’action concret et mesurable en $. Un suivi serré et stratégique des indicateurs et de l’atteinte des objectifs et des cibles permet de corriger et d’adapter les stratégies.
Adapter un cadre commun à notre réalité
Un parallèle de l’engagement mondial pris envers les ODD peut être fait avec les politiques de la maison mère d’une multinationale. Chaque usine ou filiale du groupe se doit d’adhérer, de travailler dans la même direction et de participer au succès tout en continuant d’être performante. La figure ci-dessous, qui illustre que chaque processus d’une entreprise doit aller dans le même sens, pourrait être adaptée pour illustrer toutes les parties prenantes (entreprises, pays, etc.) qui suivent la feuille de route vers l’horizon 2030 à travers les ODD. Comme pour le fonctionnement interne d’une entreprise, c’est l’addition de toutes les actions vers une même finalité (par exemple : la satisfaction des clients à travers les ventes, la prise de commande, la production, la livraison, la facturation) qui permet d’améliorer notre performance globale.

Source : Mougin (2011)
Avantages pour l’entreprise
Bien que pour l’instant, cette démarche soit non contraignante, les avantages sont nombreux pour l’entreprise. Selon GRI (Global Reporting Initiative), UN Global Compact et World Business Council for Sustainable Development (WBCSD), qui ont développé le SDG Compass ou “Boussole des ODD” : « En s’engageant en faveur des ODD, les entreprises créent de nouvelles opportunités de croissance et améliorent leurs profils de risque. Les entreprises peuvent utiliser les ODD comme un cadre général pour élaborer, conduire, communiquer et rendre compte de leurs stratégies, objectifs et activités. Les entreprises peuvent bénéficier de plusieurs avantages, notamment identifier de futures opportunités, créer de la valeur par la durabilité, renforcer les relations avec les acteurs et anticiper les politiques, stabiliser les marchés et les sociétés, utiliser un langage commun et des objectifs partagés. »
http://sdgcompass.org/wp-content/uploads/2016/09/SDG_Compass_Guide_France.pdf
De façon plus concrète, voici des exemples qui illustrent ces avantages :
Selon le Journal Les Affaires, les PME pourraient économiser des dizaines de milliers $ par an par des actions simples en agissant sur leur consommation de matières, d’énergie et sur leurs déchets. Par exemple : ajouter un capot sur une machine pour éviter les projections des matières, recycler les chutes en interne ou couper l’alimentation de certains équipements la nuit. Ces gains économiques sont doublés de bénéfices environnementaux tels que la réduction de consommation d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre ainsi que la réduction des rejets.
Mine Raglan de Glencore : En plus de gagner un prix d’excellence en environnement, son projet innovateur (une éolienne avec stockage de l’énergie de 120 m de hauteur) lui a permis, dès sa première année, d’économiser 2,1 millions de litres de diesel et de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 5,85 kilotonnes. En se basant sur ces résultats, l’entreprise s’attend à économiser plus de 40 millions de dollars en dépenses de carburant pendant la durée de vie prévue de 20 ans du projet d’éolienne. (AMC, 2016) Quels seraient les avantages pour votre entreprise? Quels sont vos enjeux prioritaires dans lesquels vous pourriez faire une différence comme entreprise responsable?
CONCLUSION
Il est difficile de dire exactement quelles seront les retombées à long terme de cet engagement mondial pour la paix, l’humanité, la planète et la prospérité. Il est évident que les cibles et les objectifs sont extrêmement ambitieux et qu’ensuite l’euphorie de ce moment historique passé, l’opérationnalisation et le suivi seront des défis de taille. Cependant, ces défis peuvent être transformés en opportunités d’améliorations de votre entreprise dès maintenant. Ce cadre commun vous donne la chance d’agir à votre rythme de façon responsable, un pas à la fois.
« Nous serions plus proches du monde que nous souhaitons si les entreprises partout dans le monde prenaient des mesures de base, comme le respect des droits des employés, ne pas polluer la terre, la mer et l’air, et pu
nir la corruption » Ban Ki-moon Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies (ONU) C’est la place importante que les entreprises peuvent prendre en suivant la feuille de route tracée d’ici 2013 grâce aux Objectifs du développement durable (ODD).
Références :
Association minière du Canada(AMC) (2016). http://mining.ca/fr/nouvelles-et-activit%C3%A9s/communiqu%C3%A9s-de-presse/glencore-remporte-tous-les-prix-dexcellence-vdmd-2016
B & L Évolution (2016) Guide pratique : Entreprises, contribuez aux ODD http://www.bl-evolution.com/blog/guide-pratique-entreprises-contribuez-aux-odd/3736
Journal les Affaires (2016). http://www.lesaffaires.com/l-observatoire-de-la-croissance/histoires-inspirantes-d-ailleurs/toutes-les-pme-pourraient-sauver-des-dizaines-de-milliers–par-an/591030
Mougin, Y. (2011) Réinventer sa démarche processus — Développer de nouveaux principes de fonctionnement, repenser nos modes de management et relancer nos performances vers le haut, Lexitis Éditions, 346 p.
Nations Unies (2016) Résolution mars Annexe IV Liste finale des indicateurs proposés pour les objectifs de développement durable : http://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/fileadmin/documents/Sujets_transversaux/Developpement_durable/Indicateurs_ODD_2016/liste-odd-francais.pdf
PNUE (2016) Faites-en votre affaire : 7 étapes pour rendre votre entreprise plus compétitive avec les ODD http://www.undp.org/content/undp/fr/home/blog/2016/4/14/Make-it-your-business-7steps-to-make-your-business-and-community-better-.html
Marie-Josée Roy, ing., M.Env.
Experte gestion stratégique, performance et durabilité
Totem Performance organisationnelle
Nos articles précédents sur le développement durable parlaient principalement de l’impact sur la performance globale de prendre en compte les dimensions économiques, sociales et environnementales dans la gestion de son entreprise. Nous avons également présenté des exemples concrets d’organisations qui ont intégré le développement durable dans leurs décisions stratégiques. Voici maintenant une approche progressive, la norme BNQ 21000, qui vient en support à ceux qui décident, un pas à la fois, de mettre en œuvre des actions concrètes à la fois responsables, durables et rentables.
Pourquoi BNQ 21000 : une norme concrète d’amélioration continue
La norme BNQ 21000 s’inspire des meilleures pratiques (AFNOR, ISO 26000, etc.) ainsi que des 16 principes au cœur de la Loi sur le développement durable du Québec et les transpose en enjeux organisationnels. Le langage et les outils se veulent près du langage actuel des dirigeants d’entreprises. Les principaux outils sont disponibles gratuitement au www.bnq21000.qc.ca afin d’intégrer le développement durable à vos opérations : le Guide, la grille d’autoévaluation (4 thèmes : social, environnement, économique et moral) ainsi que le concis des bonnes pratiques.
En support à la norme BNQ 21000, 45 coauteurs du Manuel de gestion du DD en entreprise : une approche progressive sous la co-direction de Jean Cadieux et de Michel Dion, professeurs à l’Université de Sherbrooke. M. Cadieux a été le chercheur principal sur la norme BNQ 21000. Ce manuel a poussé plus loin les outils concrets qui permettent dans un premier temps de faire un diagnostic pour constater d’où part l’entreprise et dans un deuxième temps, de faire un choix éclairé et stratégique pour tendre, pas à pas, vers une organisation pérenne et responsable.
L’un des outils clés est la grille d’autoévaluation qui transpose de façon opérationnelle les pratiques exemplaires à adopter par les entreprises responsables. Plus on évolue dans la grille, plus l’entreprise intègre les principes du DD dans sa gestion courante. La grille permet de faire le constat, en équipe, de la maturité actuelle de l’entreprise pour chacun des 21 enjeux de la norme. Les enjeux inclus dans la norme sont fondamentaux pour toute entreprise qui aspire à être concurrentielle, pérenne, rentable et responsable..
L’un des défis pour les entreprises est de prendre un temps de recul, en équipe, pour réaliser l’auto-évaluation avant de passer à l’action. Même si en tant que gens d’action, le temps pour avoir le portrait réaliste de l’entreprise peut sembler optionnel, comment peut-on se lancer dans des actions et se mesurer quand on ne sait pas d’où l’on part? Un autre aspect important de motivation pour l’entreprise est de se servir de l’autoévaluation pour faire ressortir les points forts sur lesquels l’équipe pourra s’appuyer pour avancer. En effet, les organisations font du DD souvent sans même le savoir, formant ainsi une première base sur laquelle il est possible d’amorcer des travaux.
Des enjeux stratégiques
Vous constaterez que les 21 enjeux couverts par la norme se devraient d’être naturellement pris en compte par toute entreprise qui a à cœur sa réussite, ses parties prenantes et l’environnement dans lequel elle opère. Ils couvrent à la fois les aspects stratégiques de l’entreprise, la rentabilité, le côté sociétal ainsi que les aspects liés à l’environnement :
Enjeux moraux ou transversaux :
Enjeux économiques :
Enjeux sociaux :
Enjeux environnementaux :
Il est recommandé de passer au travers de tous les enjeux même si certains peuvent sembler moins pertinents au départ. Suite au diagnostic, les enjeux seront priorisés selon la réalité de l’entreprise.
Après l’autoévaluation?
Le concis des meilleures pratiques, ou le Manuel de gestion pour une version plus complète, aidera l’équipe à s’améliorer en proposant des actions selon le niveau d’avancement. En lien avec sa planification stratégique et ses ressources, l’entreprise pourra alors prioriser les enjeux et mettre en place un plan d’action adapté. Le défi dans ce cas-ci est de bien définir le plan d’action avec un responsable, un objectif mesurable et un échéancier pour chaque action. L’engagement de la direction, le suivi dans le temps, la mesure de l’avancement et la communication sont très importants pour assurer la continuité.
Amélioration continue : la philosophie derrière la norme
La philosophie à la base de la création de la norme est la progression de la culture organisationnelle. Les entreprises se doivent d’abord développer une culture de la mesure. De cette mesure, elle est invitée à progresser vers une culture d’apprentissage, graine nécessaire à l’émergence de la culture d’amélioration continue. L’objectif n’est pas seulement d’atteindre un point X, mais bien de travailler à progresser vers un point X, ensuite l’Y, et ainsi de suite. Elle sert à orienter les décisions et les actions des entreprises afin qu’elles progressent en fonction des priorités identifiées à l’aide de l’outil d’autoévaluation, mais aussi en fonction de leur réalité propre. Une façon de donner un élan à l’amélioration continue et de garder la motivation des troupes est de refaire en équipe, à chaque année. l’autoévaluation et de corriger le tir ou d’enrichir la démarche.
Le manuel en appui à la norme permet, en plus de s’autoévaluer, d’avoir accès à de nombreuses pratiques exemplaires qui peuvent être mises en œuvre par les organisations qui souhaitent tendre vers l’atteinte du niveau générateur. L’équipe de Totem peut vous supporter dans la réalisation du diagnostic de votre entreprise, dans la priorisation des actions et dans l’implantation des actions à mettre en œuvre de façon à ce que votre progression soit rentable et durable.
Co écrit par :
Sylvie Grégoire, Présidente
Totem performance organisationnelle
&
Marie-Josée Roy, Experte en développement durable et gestion stratégique
Totem performance organisationnelle
&
Jean Cadieux
Professeur à l’Université de Sherbrooke et
Chercheur principal sur la Norme BNQ 21000 et en développement durable
Plusieurs entreprises croient encore à tort que l’engagement en responsabilité sociale risque d’altérer leurs résultats financiers. Ce livre présente des cas concrets qui démontrent le contraire. Les résultats des entreprises françaises analysées mettent de l’avant le fait que le développement durable ne s’oppose pas à la création de valeur ajoutée et à la performance, mais qu’au contraire, il y contribue grandement : amélioration de la réputation de l’entreprise et de l’image, optimisation de l’agilité, l’adaptabilité et la capacité de rebondir des entreprises ne sont que quelques exemples présentés.
« Il ne sert à rien à l’homme de gagner la lune s’il vient à perdre la terre »
François Mauriac, écrivain français (1885-1970)
Michael Porter a changé d’avis!
La norme québécoise BNQ 21000, un exemple pour les entreprises françaises
Bien que les exemples soient basés sur des démarches réalisées par des entreprises françaises utilisant la norme ISO 26000, la norme BNQ 21000 est citée en exemple comme un exemple à suivre.[1] La norme BNQ 21000 est présentée comme une démarche adaptée aux PME, contrairement à ISO 26000 qui est plus complexe à mettre en œuvre. Une chose est sûre, les deux ont comme base une réflexion stratégique sur la vision, la mission et les valeurs de l’entreprise et l’identification des enjeux.
Des résultats d’entreprises qui performent
L’auteur constate par l’analyse de cas concrets d’entreprises que la RSE (responsabilité sociale des entreprises) est une façon d’assurer la pérennité des entreprises. L’ouvrage prouve qu’une entreprise qui considère les parties prenantes dans ses décisions sera plus performante qu’une entreprise qui ne les considère pas.
Selon le baromètre Generali/CSA, les décideurs sont, face aux nouveaux défis de la société, à 88 % motivés par la volonté de répondre aux attentes de leurs clients, à 80 % par l’augmentation de la performance économique de leur entreprise, à 68 % par une amélioration de leur image, à 69 % par une réduction et prévention des risques et à 54 % par une réponse aux attentes des salariés. Tous ces éléments sont parfaitement alignés avec les démarches de développement durable.
Les constats faits
1) Le développement durable est un enjeu majeur de toutes les entreprises évaluées;
2) Le dirigeant est toujours à l’origine de la démarche en DD;
3) Les entreprises évaluées se sont appuyées sur une bonne santé financière;
4) Les démarches ont été guidées par trois motivations : répondre aux attentes de toutes les parties prenantes (33 %), atteindre une meilleure performance globale pour assurer la pérennité de l’entreprise (33 %) et sauvegarder la planète (34 %);
5) La rentabilité financière n’est pas systématiquement recherchée par les évaluées (bien qu’elle ne soit un résultat probant).
Approfondissement de la motivation liée à la performance globale
Les entreprises évaluées ont été motivées par :
Quelques-uns des résultats présentés
Les secrets des entreprises les plus performantes
1) Construire sa politique de développement durable à partir des enjeux identifiés par le plan stratégique (DD vu de façon globale plutôt qu’une démarche à part).
2) Analyser l’ensemble des parties prenantes de chacun des piliers du développement durable (économique, environnemental, social) et conclure une entente de partenariat stratégique et cohérente.
3) Impliquer les employés au-delà de la sphère entreprise : l’humain a été mis au centre des préoccupations.
4) Conjuguer le développement des compétences au développement durable (savoir-être et savoir-faire).
5) Réduire, voire éliminer, l’utilisation de produits polluants dans la fabrication de leurs produits.
6) Intégrer une démarche d’écosocioconception : approche globale sur le cycle de vie des produits qui prend en compte l’ensemble des impacts environnementaux et sociaux de chaque phase du cycle de vie, de l’extraction des matières premières jusqu’à la fin de vie du produit.
Bref, ce livre illustre bien l’importance du DD dans la performance globale des entreprises tant françaises que québécoises.
Sylvie Grégoire, MBA, CRHA
Présidente, Totem Performance organisationnelle
[1][1] http://www.bnq21000.qc.ca/
Dans un monde où la performance de l’entreprise est en lien direct avec la pérennité, il est surprenant que le développement durable ne soit pas associé naturellement avec l’amélioration de la performance globale de l’entreprise. Le développement durable est malheureusement souvent perçu comme une mode ou un vœu pieux et développé en silo, alors que son intégration devrait se faire dans le respect de la culture de l’entreprise et de ses enjeux. Quelle entreprise peut prétendre que ses ressources sont inépuisables, que le bien-être et l’engagement de ses employés ne sont pas importants ou qu’elle n’accorde pas d’importance à son bénéfice net? Aucune. C’est la preuve flagrante que le développement durable devrait interpeller toutes les organisations qui désirent être performantes.
Le développement durable au service de la performance
Je n’ai jamais rencontré une seule personne qui était contre le développement durable. Selon le rapport Brundtland en 1987, le développement durable est « un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. » Le développement durable doit être à la fois économiquement efficace, socialement équitable et écologiquement tolérable. Le développement est « durable » s’il est conçu de manière à en assurer la pérennité du bénéfice pour les générations futures.
Illustration des trois piliers du développement durable
Par contre, lorsqu’on parle de performance, de résultats, de mesures et de suivis, les réactions sont plus mitigées. Pourtant, la définition même de la croissance et la performance inclut un côté humain très fort pour s’assurer de l’adoption et de la durabilité des changements. Ce ne sont pas que des principes financiers.[1]
Selon Yves Mougin : « La performance réside essentiellement dans la capacité d’une organisation à produire la prestation pour laquelle elle existe en optimisant l’emploi de ressources. Il faut, bien entendu, que cette performance soit durable et cela nécessite des qualités d’adaptabilité des organisations au milieu environnant. »
Le DD, un levier pour l’amélioration de la performance
Maintenant, comment peut-on arrimer le développement durable et l’amélioration de la performance globale de l’entreprise pour le bénéfice de tous? En trouvant l’équilibre entre les aspects environnementaux, sociaux, économiques et la performance.
Plusieurs entreprises croient à tort que les démarches en développement durable sont lourdes, coûteuses et intenses à implanter. Il y a de nombreuses façons d’intégrer le développement durable dans une organisation. Un des défis est justement de ne pas se perdre dans les nombreux outils pouvant parfois donner l’impression que la pente est insurmontable. L’une des bonnes pratiques est de voir le développement durable comme l’un des enjeux de l’entreprise pour atteindre sa vision au même titre que d’autres enjeux stratégiques. En fait, plusieurs entreprises ont déjà dans leur plan stratégique défini des enjeux qui sont cohérents avec les trois sphères du DD. Voici quelques exemples :
Une démarche performante
Une approche qui a fait ses preuves et qui permet aussi de tenir compte de l’amélioration de la performance est la roue de Deming[5] ou l’amélioration continue (planifier, faire, vérifier, réagir).
Les grandes étapes seront donc de :
Planifier
Faire
Vérifier et réagir
La clé d’une approche en DD réussie : la mesure des résultats
De quelle façon le DD améliore-t-il la performance globale de l’entreprise? Le secret est de relier le plan d’action avec la planification stratégique ainsi que d’avoir des objectifs et des indicateurs mesurables. La difficulté de bien des entreprises est de transposer les actions en résultats, d’où l’importance de choisir des objectifs concrets et d’établir, dès le début de la démarche, comment chaque enjeu et chacune des actions sera mesurée. Cela évitera de se retrouver avec un plan d’action composé principalement de vœux pieux, mais concrètement difficilement mesurables.
Il est important que les indicateurs de performance (KPI) soient parfaitement alignés avec les enjeux et que chacun d’eux puisse permettre de mesurer les gains ou les économies générés par le projet d’amélioration organisationnelle. Voici quelques exemples de KPI dans un contexte de développement durable qui pourraient vous inspirer :
Sphère sociale
Sphère environnementale
Sphère économique
Bref, pour améliorer la performance globale de l’entreprise, sa démarche de développement durable se doit d’être intégrée dans le plan stratégique global, être en respect de la culture de l’entreprise, se coller parfaitement à la réalité de l’organisation, mobiliser l’ensemble des employés et, surtout, être composée de petits projets dont les gains et les économies sont mesurables facilement. Êtes-vous prêts?
Marie-Josée Roy
Expert en développement durable et gestion stratégique
Totem Performance organisationnelle
[1] http://reactu.blog.lemonde.fr/files/2013/01/croissance-externe.jpg
[2] http://www.totemconseil.com/les-principales-fuites-financieres-rh/
[3] http://www.totemconseil.com/les-principales-fuites-financieres-rh/
[4] http://www.lapresse.ca/environnement/201202/01/01-4491395-des-penalites-environnementales-plus-salees.php